Une revue de la collection “Lire en Psychanalyse” par Marie JEJCIC

Une revue de la collection “Lire en Psychanalyse” par Marie JEJCIC

Une nouvelle collection de psychanalyse est née ; elle s’intitule : Lire en psychanalyse. Le titre est sobre, sa présentation aussi, presqu’un cahier. Un trait de pinceau bleu roi traverse près de la tranche, une couverture blanche glacée. Le trait s’affirme, s’interrompt, reprend. Saisie de l’instant, respiration, simplicité.

La psychanalyse ne manque ni de revues ni de publications. Que peut donc apporter une nième collection dans ce champ ? J’oserai pourtant dire qu’elle manquait à la psychanalyse et, plus largement à l’édition. Je vais tenter de dire pourquoi ?

Aujourd’hui, cette collection propose quatre titres : une lecture du Très-Haut de Maurice Blanchot intitulée Des choses absolument folles par Claudine Hunault, metteur en scène de théâtre et d’opéra. Le livre des poupées qui parlent par Jacques Nassif, La parole et la topologie acte d’une journée d’étude avec ses discussions, enfin un séminaire de Christian Fierens sur Un discours qui ne serait pas du semblant.

J’ai commencé à lire ce livre sur Blanchot. J’ouvre et je lis : « Maintenant, c’est maintenant que je parle. » C’est le titre de l’introduction de Christian Fierens et le mot conclusif du texte de Blanchot. La parole comme urgence d’écrire : cela m’a saisie. Or, cette urgence s’est avérée le point commun des différents titres, chacun préservant le vif de la parole selon une opération que le thème lui impose.

Je lisais et, progressivement, je me sentais décollée du propos où la plupart des recherches actuelles s’épuisent à se maintenir. Se rend-on compte de la façon dont nos livres, leurs écritures, leur démarche ont changé. Se rend-on compte des conséquences de notre docilité consentante à cette nouvelle forme de pensée ? De la vulgarisation d’un savoir qui se croit l’obligé de ses lecteurs et se contraint à rendre tout accessible à tous et un savoir universitaire réduit à une compilation de tout même sur rien ou pour si peu, résultent une amyotrophie de la réflexion flasque à force de ressasser des concepts malmenés par l’usure. Le thème change, la démarche reste la même. Elle procède par accumulation et aboutit aux mêmes conclusions ou presque : un maigre clapotis de vignettes dites cliniques et d’idées élimées. Le savoir made in google est aussi envahissant, clinquant et inutilisable que les objets made in China.

Certes, Freud débute Die Traumdeutung, L’interprétation des rêves, en recensant les diverses approches du rêve, mais c’est pour en bouleverser la lecture et ouvrir avec le nouveau siècle à l’inconscient et à la méthode analytique ! Pas moins ! Alors, je me permets d’insister, car l’éveil produit par des textes d’une collection décidée à tenir sur le tranchant de la parole, alerte tacitement sur les conséquences de notre résignation. N’est-on pas en train de vérifier que la technique transforme l’homme. A force d’être appareillé par des portables, ordinateurs, Play mobiles et que sais-je encore, l’homme deviendrait technologique et sa pensée numérique. Cette collection, en ramenant avec simplicité à une parole vive, rappelle que loin de se métamorphoser aussi aisément sous l’effet de la technologie, c’est surtout la jouissance du renoncement et de l’inertie qui produit les clones.

Les auteurs de Lire en psychanalyse ont en commun ce désir d’écrire allégé de tout le fatras d’un savoir mort. Et la lecture s’anime par une réflexion en mouvement. Le désir à la lettre.

La lecture se surprend, retrouve vie. Légère. Non pas que le livre soit inconsistant, tout au contraire. La clarté résulte d’un positionnement où le sérieux de la rigueur trouve la précision.

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