L’exigence du trois (3)

L’exigence du trois (3)

Théorie et pratique du trois boroméen

 

La construction secondaire du borroméen implique trois éléments qui sont donnés primairement. Ces éléments primaires ne sont pas borroméens en eux-mêmes. Cette construction suppose un réalisme transcendantal simpliste (l’imaginaire est ce qu’il est, le symbolique est ce qu’il est, le réel est ce qu’il est) et ensembliste. On a trois éléments et ce n’est que secondairement, qu’on les noue borroméennement par un élément quatrième. « Ils sont noués borroméennement », dit-on!; ou encore, « je les noue borroméennement ». Les ditmensions sont pensées alors comme des substances et ce n’est que par accident qu’elles deviennent borroméennes.

La construction primaire du borroméen implique au contraire qu’il n’existe aucun x qui ne soit déjà borroméen en lui-même : « pour tout x phi de x », pour tout x est déjà en jeu la fonction « phi » précisée comme borroméenne. Où que nous nous placions, nous sommes toujours déjà dans la construction formelle du borroméen. Le minimum, le plus petit morceau de structure, l’atome, le point est déjà un continuum défini par une rupture qui l’a précédé et une rupture qui le suivra … → → … . Et si nous y rajoutons l’optimisme du connectif, tout point n’existe que comme triskel. Trois ronds s’empilent, l’oublié recouvert par l’actuel, lui-même en position de s’effacer devant celui qui n’est pas encore advenu.

Avec ce phénomène élémentaire qu’est le point défini uniquement par la borroméenneté, on devrait pouvoir reconstruire tout le reste et faire un trajet, un graphe qui va de point en point. À condition de garder à l’esprit que chaque point a toujours déjà commencé par être borroméen (triskel). Ce qui est déjà parfaitement explicite dans l’écriture de certains points du graphe de Lacan (le fantasme, le message, le signifiant du grand Autre barré, la pulsion), mais qui doit être vrai pour tous les points du même graphe.

De ce fait, c’est chacune des étapes et chacun des concepts de la théorie psychanalytique qui n’existe que borroméennement. Exemple : la pulsion n’est pas une donnée massive, substantielle, mais le chemin d’interrogation de la demande et du sujet. On peut présenter la sexualité comme ce qui doit apparaître « dans les défilés du signifiant »1, mais cette présentation schématique imaginaire reste fonction d’un symbolique supposé primordial. Au contraire, il faudrait démonter le signifiant lui-même (et non le prendre comme un défilé obligé) pour y faire apparaître l’ébauche d’un noeud borroméen. Le schéma de la pulsion des Quatre concepts2 est déjà l’ébauche d’un noeud borroméen : le rond de la zone érogène y représente une consistance, un réseau, le circuit de la pulsion représente une autre consistance, et l’objet a, autour duquel tourne le circuit de la pulsion représente la troisième consistance. Nul ne peut fixer laquelle de ces trois consistances sera imaginaire, laquelle symbolique, laquelle réelle.

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