“A propos de l’écriture de Joyce”

“A propos de l’écriture de Joyce”

Lors des journées d’étude de l’ALI ce 21 et 22 juin 2014 (« Chemin d’encre. Psychanalyse et écriture »), l’écriture de Joyce a été dite écriture incestueuse, à partir de ses lettres à Nora. Exemples étaient donnés, notamment sun/sin- day.

Mais Nora a également été dite « toute » pour lui, la femme, la pute, la mère.

Parler d’écriture incestueuse, n’est-ce pas invalider le « non serviam » de Joyce ? Non serviam clairement énoncé quand son ami lui demande de se rendre à la demande de sa mère et qui fait basculer Joyce dans le choix de l’hérétisme, soit un sin-day de tous les jours.

Si Nora est en position d’exception, on ne peut parler d’écriture incestueuse, d’où seraient abolis et le non serviam et la création qu’il inaugure. Nora lui irait comme un gant, « un creux de l’Autre qui hébergerait son identité masculine – en exil » (Melman). En exil, précisément, sdf, sevré de mère.

Nora est une boîte aux lettres, la terre d’accueil d’un esprit incréé…

L’écriture de Joyce n’est pas un travail du continu ou d’une langue morte, mais (comme ce fut dit, me semble-t-il) l’écriture sur une partition d’assonances radicalement nouvelles.

Ecriture ?

Dans le séminaire sur l’identification, Lacan souligne que c’est « avec toute l’énergie dont nous sommes capables » qu’il y a lieu de pointer les « délinéations structurales », soit dans son propos le moment d’émergence d’un signifiant particulier, se référant à l’identifiant qui permet au petit Hans d’échapper au caprice maternel.

Est-ce que ça ne serait pas ça, l’écriture, une partition sur laquelle s’inscrivent ces délinéations structurales, à charge dans une institution analytique de leur donner accueil… et non  lettre morte ou langue de bois du « dormoir ».

Le non serviam, est-ce que ce n’est pas virer la mère et avec elle « les identifications conformistes patriarcales et matriarcales » dont parlait Melman, « l’écriture détruit la mimesis, le grain de la poésie contre les identifications oedipiennes » (Castanet) ?

En parlant d’écriture incestueuse, c’est la thèse même de l’écriture comme sinthome qui est contredite.

 

                                                           Christine Bonnet

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